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Paris 2014 - SLAM Centenaire

Publié le 25 Sept. 2018
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Historique du SLAM (1914-1957)


Par René Cluzel

(Texte publié dans la Lettre d’Information n°38 de la LILA en 1986)

Introduction


Retracer l'histoire, pour ne pas dire la ‘pré-histoire’ du Syndicat Français de la Librairie Ancienne et Moderne (S.L.A.M.) n'est guère chose aisée. Les témoins de la première heure ont disparu et les documents font souvent défaut. Les archives n'ayant pas été conservées avec soin, faute de locaux définitifs (acquis seulement en cette année 1985 dans la rue Gît-le-Coeur), les traces que nous avons pu déceler sont parfois légères, quelques fois contradictoires, toujours inconsistantes.

Le Bouquiniste Français, organe officiel du SLAM, n'apparaissant que 7 ans après la fondation du Syndicat, soit en 1920 !, nous nous trouvons en présence d'une zone d'ombre de 1914 à 1920 sous la présidence d'Edouard Rahir. De 1920 à nos jours, le Bouquiniste Français, acquis par le SLAM en 1945 puis devenu le Bulletin de la Librairie Ancienne et Moderne en 1963, nous permet de mieux cerner les problèmes, les préoccupations et les activités du SLAM.

Pour la période antérieure à 1958, nous avons dû consulter les années disponibles à la Bibliothèque Nationale de Versailles sous la côte JO 82007. Il faut noter que le SLAM possède tous les numéros parus depuis 1958. Nous avons également eu recours à plusieurs notices nécrologiques; aux discours et articles publiés à l'occasion du décès d'E. Rahir; au rapport du Président Dauthon sur l'activité syndicale de 1939 à 1945, et aux souvenirs évoqués par quelques uns de nos confrères plus âgés à l'occasion du Cinquantenaire en 1964.

Nous allons donc, nous attacher à organiser nos glanes autour des Présidents qui ont en premier lieu incarné l'histoire de notre Syndicat. Nous tenterons toutefois de souligner la permanence et pourquoi pas la récurrence des problèmes qui les ont animés et qui restent d’actualité encore aujourd'hui: relations avec l'administration (fiscale et autres); réglementations douanières et postales; ventes publiques; le titre d'expert; les créations de librairie; la caisse de secours etc. etc.…

La Fondation du SLAM


Ce qui frappe de prime abord, et ce, dès la création du Syndicat, c'est le souci qu'ont eu, non seulement les pionniers mais aussi leurs continuateurs, de faire circuler ‘le Livre’ et aussi, naturellement, les idées sur le livre. Comme le soulignait en 1958 Julien Cain, administrateur de la Bibliothèque Nationale, il s'agit là du ‘Rôle et de la Fonction de la Librairie Ancienne et Moderne’ (Bouquiniste Français No 1, octobre 1958).

1914 marque le début d'une tragédie mondiale, mais aussi la fin d'un monde couronné par un certain art de vivre: celui de la Belle Epoque. L'art d'une certaine pratique de la Librairie ancienne allait aussi s'en trouver bouleversé.

Le 23 juin 1914, eurent lieu les premières assises de l' assemblée générale constitutive du SLAM. Et, ce n'est peut-être pas par hasard, par gratuité ou pur souci de confraternité aimable que les promoteurs décidèrent de sa création. Avec la première guerre mondiale (la seconde ne fera qu'accélérer le processus) allaient s'achever les douces et tranquilles années d'un ‘commerce’, aux sens noble et fort du terme, pour lequel les notions de raréfaction, de crise ou de tracasseries administratives étaient totalement ignorées.

Quels étaient ces hommes qui pressentaient avec autant d'acuité la nécessité d’un regroupement au sein de notre profession? Jean Bergue (rue de Condé), Maurice Picard (rue Bonaparte), Auguste Blaizot, Henri Picard, Léon Carteret, Eugène Jorel (3 rue Bonaparte), Georges Chrétien, Camille Bloch (146 bd St Germain, puis rue St Honoré), Jean Rivière, Edouard Rahir, Jean Schemit, Charles Bosse, Emile Nourry... ils étaient 29 libraires fondateurs à la réunion préparatoire et le premier Syndicat compta 44 adhérents. Tous ces hommes étaient comme leurs prédécesseurs Techener, Claudin, France, Morgand, au service du Livre. Après avoir décidé de former une grande famille, ils acceptèrent de se réunir pour un banquet au début du mois de juillet 1914 dans un petit salon du Palais d'Orsay.

Aucun problème professionnel ne se présentait alors de façon aiguë, mais ils sentaient tous la nécessité de se rassembler autour d'un président qui pour la première fois fut Edouard Rahir. Il s'agissait de mieux se connaître et de resserrer les liens dans une profession où l'indépendance était tradition pour affronter l'avenir du Livre avec sérénité.

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Edouard Rahir , président du SLAM de 1914 à 1922


E. Rahir apparaît comme l’un des meilleurs serviteurs du Livre, dans la mesure où il est ‘entré très tôt en librairie’. En effet, dès l'âge de 10 ans, en 1878, il est engagé chez Morgand et Fatout. A la mort de Fatout, il deviendra le collaborateur le plus proche de Morgand auquel il succédera en 1897. Edouard Rahir s'était essentiellement spécialisé dans la recherche, la sélection et l'étude de livres précieux et rares. Il a consacré une grande partie de son existence à un gros travail de bibliographie sur les Livres à figures des XVème et XVIème siècle. Il fut l'auteur des notules dans les 10 volumes du Bulletin Morgand publié de 1870 à 1904 et dans les trois répertoires de 1878, 1882 et 1893. C'est lui qui rédigea également les catalogues Destailleurs (1891-1895); Guyot de Villeneuve (1900-1901); la collection unique d'Elzevier (1896); les collections Dutuit (1899), Paillet, (Henri Bordes) (1902), Lantelme (1904), Montgermont (1911-1913) et Henri Houssaye (1912).

En 1907, il publia la ‘Bibliothèque de l'Amateur’ qui est un véritable monument de bibliographie condensée, et dont une seconde édition augmentée parut en 1924. C'est cet érudit, doublé d'un des meilleurs bibliographes des temps modernes, qui est appelé, en 1914, à assumer les fonctions de premier président du SLAM avec A. Blaizot comme vice-président; George Chrétien, comme secrétaire, et A. Besombes, L. Carteret et E. Jorel comme commissaires. En tant que tel, il s'est surtout soucié de maintenir et de perpétuer les traditions de la vieille Librairie française. Conformément aux statuts, il est élu pour trois ans, mais resta en poste sept ans en raison de la guerre et de la mobilisation de plusieurs libraires. Après 1918, le Syndicat reprend vie et, son activité essentielle s'est surtout résumée en un prosélytisme actif. Il fallait grandir et devenir une organisation importante et structurée. L'idée de la publication d'un journal va dans ce sens là.

Sous l'égide de Ch. Bosse, E.Jorel ; E. Nourry, J. Rivière et J. Schemit. le premier numéro du Bouquiniste Français paraît en date du 15 Janvier 1920. Organe bimensuel, il deviendra hebdomadaire dès le premier Décembre 1920 avec le numéro 22. Son administration siège au 31 rue Bonaparte Paris 6ème. Dans leur premier éditorial, les libraires fondateurs justifient ainsi la raison d’être de cette publication: ‘La Librairie Ancienne, les Libraires Antiquaires Français, en Décembre 1919 n'ont pas encore d'organe professionnel alors que le célèbre hebdomadaire anglais ‘The Clique’ et le quotidien munichois atteignent des tirages considérables...’.

Dès son premier numéro le Bouquiniste Français se présente comme un bulletin d'offres et de demandes d'ouvrages à bon marché, mais aussi comme un organe d'informations professionnelles avec calendriers des ventes, publication de catalogues, changement de propriétaires, ouvertures et fermetures de librairies, modifications de tarifs postaux et précisions relatives aux expéditions et transports... Régulièrement. le Bouquiniste fait le point sur quelques problèmes épineux: La loi du 25 juin 1920 et les impôts qui frappent le commerce et l'industrie (No 13); l'instruction du 29 août 1920 relative à l'impôt sur le chiffre d’affaires (No 16 et 17); la taxe de Luxe (No 19). Mais heureusement tout cela est émaillé de petits articles consacrés à des curiosités bibliophiliques: Jean Fauste; où vont les vielles reliures); Charles Sorel, de la connaissance des bons livres. Les voleurs de livres, journal d'un bouquiniste des quais... On y public aussi les comptes rendus ou procès verbaux de réunions de bureau et d’assemblées générales. On apprend ainsi dans le no 28 que MM Gougy, Paul et Rapilly ont été nommés experts auprès de l'administration des douanes. Le rétablissement de la remise de 10% entre libraires syndiqués, la modification de la taxe de Luxe et une lettre ouverte à M le Sous-Secrétaire d'Etat des Postes et Télégraphes de J. Lebouc sur la lenteur d’acheminement des catalogue» (Déjà !) ...alimentent d'autres numéros.

Le Bouquiniste Français ‘organe hebdomadaire de la Librairie Ancienne et Moderne’ paraîtra régulièrement jusqu'à la seconde guerre mondiale; à cette époque il sera remplacé par des feuilles polycopiées... Il reprendra ensuite, modifié après son acquisition par le Slam en 1945.

C'est donc sous la présidence d'Edouard Rahir que se mettent en place le premier Syndicat, le premier journal corporatif et les premiers principes de la protection édictés dans le cadre d'une conférence prononcée au Cercle de La Librairie le 27 mai 1924. Il cherche surtout à perpétuer la tradition d'une haute idée de la Librairie Ancienne faite de noblesse, de compétence et d’intégrité en la rattachant à tous les métiers qui président à la naissance du Livre et en soulignant le rôle que les libraires jouent dans ‘la propagation et l'extension des chefs d'oeuvre de l'esprit humain’. Et. il en vient à déclarer: 'La Librairie n'est ni un métier. ni un art, c'est un commerce...’. Précepte essentiel si l'on comprend ce terme dans son sens premier de communication, échange de pensées, rapports de société. Nous le verrous par la suite. le SLAM a maintenu cette acception en cherchant à susciter entre libraires les discussions autour, sur et en faveur du Livre.

Autant d'idées qui ont fait florès et vont se voir perpétuées par tous les autres présidents. Une tradition était née ...

Auguste Blaizot, président du SLAM de 1922 à 1925


Un an avant Rahir, Auguste Blaizot âgé tout juste de quinze ans, il était né en 1874 à Blainville sur Mer (Manche) fait ses armes chez son oncle Emile Lecampion, libraire passage du Saumon, depuis 1840.

A la mort de ce dernier, en 1902, il lui succéda dans la librairie transférée au 22 de la rue Le Peletier. On y trouvait à côté des ‘nouveautés’ et de quelques ouvrages modernes et romantiques, les livres d’étrennes et ... les journaux du matin ( !). Ses installations successives au 26 rue Le Peletier, au 21 boulevard Haussmann et enfin en 1928, à l'adresse actuelle: 164 faubourg Saint-Honoré, marquèrent son ascension rapide.

A une époque, où les grands libraires et les grands amateurs ne s’intéressaient qu'aux livres parus avant 1800 et où la constitution de bibliothèques de Livres Modernes n'était pas considérée avec sérieux, Auguste Blaizot sut malgré tout attirer l'attention sur les beaux livres illustrés modernes. Il fut un des premiers à déceler l'incomparable originalité d'ouvrages tels que l'A REBOURS de Lepère ou le DAPHNIS ET CHLOE de Bonnard qui atteignent aujourd'hui des prix considérables. Grâce au discernement sans faille de l'authentique beau Livre conçu en dehors de la mode, il apparut très vite comme le spécialiste le plus écouté des amateurs de livres illustrés modernes de qualité. En ayant défendu avec ténacité et lucidité au début de ce siècle les livres illustrés par Lepère, Bonnard, Toulouse-Lautrec. Maurice Denis, Dufy ... il est à l'origine du rayonnement que connaissent aujourd’hui l’édition d'art et la Librairie moderne. Il a donc su créer un public de bibliophiles nouveaux en participant à la formation de bibliothèques prestigieuses: Descamps-Scrive ; Paul Voûte ; Barthou ; Beraldi ; Bordes ; Villeboeuf ; Latécoère... Ses qualités d'amateur éclairé (au sens fort) l'ont poussé aussi à éditer des ouvrages illustrés par P.Vidal (Les Aventures du Roi Pausole): par Kupka (Lysistrate et Prometheus): par Jouas (La Cathédrale et la Cite des Eaux) par Degas (La Famille Cardinal); par Maurice Denis (L'Annonce faite à Marie) par Barbier (Le Centaure et la Bacchante).

Il a été pour le livre moderne ce qu'Edouard Rahir fut à la même époque, pour le livre ancien: un animateur et un guide. C'est, d'ailleurs tout naturellement qu'il en vient à lui succéder à la présidence du SLAM en 1922, où Il est élu avec à ses côtés L. Gougy (vice-président). Georges Chrétien (Secrétaire), René Colas (trésorier) et Jorel, Lardanchet, Nourry. H. Picard, Rapilly comme conseillers (leur nombre venant de passer de 2 à 5). A l'occasion de l'Assemblée générale du 20 juin 1922, une fois élu président, Auguste Blaizot constate que le Syndicat compte alors 94 membres et demande à ce que chacun se lance dans une propagande plus active en distribuant autour d'eux la liste des membres. Il charge une commission du soin d’aplanir les différends éventuels qui ne pourraient manquer de surgir entre certains membres du Syndicat. Il s'en prend aux ‘lenteurs’ des administrations des Douanes et des Postes en exigeant que l'on intervienne rapidement auprès d'elles. Dès l'année suivante, il interviendra lui-même en se rendant à la Direction de l'enregistrement pour obtenir les méthodes à suivre et l'application des taxes et droits d'exportation et d'importation, dans le but de publier en Janvier 1924 et de diffuser auprès de nos adhérents une brochure claire et complète sur ce sujet.

Pour renforcer les liens qui unissent entre eux les libraires affiliés au Syndicat, il propose de n'accorder la remise confraternelle qu'aux seuls membres du SLAM. Dans le même esprit, il instituera un dîner syndical. Le 26 juin 1923 se tient aux ‘Sociétés Savantes le premier dîner annuel qui deviendra par la suite une tradition maintenue jusqu'à nos jours. 54 Libraires étaient présents à ce premier banquet (B.F. du 7 juillet 1923). Deux mois avant, le 14 avril 1923, avait déjà eu lieu un déjeuner dans les Salons du restaurant Lapérouse pour la promotion d'A. Blaizot au grade de Chevalier de la Légion d'Honneur. Cette réunion avait été présidée par Louis Barthou.

Il fut un des premiers à oser proposer à ses confrères un projet de statut d'expert auprès des officiers ministériels chargés des ventes publiques. Il s'agissait de garantir les ouvrages passant en vente en signalant toujours leurs éventuels défauts.Dans une réunion du bureau du 27 juin 1923, il annonce même la nomination officielle d'experts en douane: Gougy, Emile Paul, Rapilly et Blaizot.

Les nouveaux statuts, ayant été élaborés et imprimés avec soin, ont été déposés à la Préfecture de Police. A. Blaizot y voit un des meilleurs arguments publicitaires auprès des nouveaux libraires pour imposer la nécessité du Syndicat. C'est encore, dit-il, l'arme la plus efficace que nous avions pour taire triompher nos revendications. Outre les problèmes douaniers et postaux, les revendications syndicales de l'époque portaient surtout sur la suppression de la taxe de luxe qui frappait tous les livres anciens et qui tracassera jusqu'à la seconde guerre, tous les présidents du SLAM.

A l'Assemblée générale du 6 mai 1924, on dénombre 231 membres, et A. Blaizot déclare: 'nous désirons que TOUS les Libraires soient des nôtres...'. Toujours dans le sens de la propagande, on décide de la publication d’une brochure sur les lois, décrets et règlements administratifs de toutes taxes, et on aborde une nouvelle fois le problème de la suppression de la taxe de luxe.

Le Bouquiniste Français. organe du SLAM, appartenant toujours à quelques uns des libraires fondateurs, MM Puzin et Quereuil proposent déjà un projet de rachat qui ne se réalisera pourtant que 20 ans plus tard.

C'est l'année où meurt Anatole France, le SLAM a envoyé une gerbe aux obsèques de celui dont le père était libraire et qui a toujours montré une véritable affection pour notre métier et ceux qui l'exerçaient.

Une anecdote pour finir: L'édition originale des Fleurs du Mal a été retirée d'une vente publique, frappée d'interdiction par le Tribunal le 16 décembre 1924 ( !). Le bureau s'est violemment élevé contre cette décision cocasse, 67 ans après le retentissant procès dont fut victime Baudelaire. Il en a aussitôt profité pour mettre en garde ses adhérents contre la vente et l'annonce de ‘Livres Spéciaux’ dans leurs catalogues.

Autant de conseils, de suggestions qui montrent à quel point A. Blaizot sut remplir son mandat avec une efficace autorité. En ces années de dangereuses facilités. il sût dénoncer avec courage d'inadmissibles et redoutables abus. A l'expiration de son mandat, il fut nommé Président d'Honneur et après 53 ans de carrière, force est de reconnaître que toute sa vie fut consacrée et dévouée au Livre.

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Emile Nourry, président du S L A M de 1925 à 1928

Emile Nourry, libraire-écrivain. mieux connu sous son nom de plume: Saintyves, a débuté en 1899 comme libraire à Dijon Place du Théâtre. De là il s'est installé à Paris, d'abord rue des Saints-Pères puis rue Notre-Dame-de-Lorette. Enfin, en 1909 il se fixe définitivement au 62, de la rue des Ecoles où il établit sa réputation en tant que spécialiste des questions religieuses et de l'exégèse biblique, et comme éditeur des ouvrages d'Alfred Loisy. Il a rédigé de nombreux catalogues consacrés pour la plupart au folklore, à l'hagiographie et à l'occultisme avec l'aide de son fidèle collaborateur Jules Thiebaud qui avait débuté chez lui comme commis. J.Thiebaud qui élaborera la bibliographie cynégétique de référence (Bibliographie des ouvrages français sur la Chasse, Paris Nourry 1934) lui succédera rue des Ecoles de 1935 à 1964.

En tant qu'écrivain, il s'intéresse aux mêmes sujets et publie les ouvrages suivants:

1904 : La Réforme intellectuelle du clergé et la Liberté d'enseignement.

1907 : Les Saints successeurs des Dieux.

1908 : Les Vierges mères.

1909 : Les Mystères des Evangiles.

Voilà pour les questions religieuses et l'hagiographie. En ce qui concerne les Sciences occultes dans leurs rapports avec la médecine et les traditions populaires, il rédige:

1912 : La Simulation du Merveilleux.

1913 : De la magie médicale à la psychothérapie. La Force magique.

1921 : L'éternuement et le baillement dans la Magie.

1923 : Les contes de Perrault et les récits parallèles.

1926 : La Légende du Docteur Faust.

etc... etc...

Cette liste n'est pas exhaustive, il s'agissait là de montrer la diversité de ses centres d'intérêts qui vont de la Bible à la préhistoire en passant par le folklore. Il faut signaler qu'il était également directeur de la Revue du Folklore Français et de la Revue d'Anthropologie, et que la périodicité de ses catalogues était mensuelle (!).

Sa notoriété et son extrême compétence l'ont amené à être élu président du SLAM le 26 mai 1925 avec G. Chrétien (Vice-président), M. Escoffier (secrétaire), René Colas (Trésorier), et comme conseillers: Francisque Le François, Mounastre Picamilh, H. Picard, M. Rivière-Sergent. Le bureau ainsi constitué va s'efforcer pendant trois ans de faire front à une période de difficultés économiques qui ira en s'aggravant.

Déjà, chargé d'un rapport sur l'exportation des Livres précieux sous la présidence Blaizot, Nourry s'est efforcé de trouver des compromis. Il considère qu'il ne faut pas décourager l'énorme mouvement qui existe en faveur du Français et que ce mouvement en faveur de notre langue ne pourra être que proportionnel à l'importance des fonds français constitués à l'étranger. Il faut donc exporter des livres anciens tout en protégeant notre patrimoine culturel en interdisant la sortie de livres, documents ou manuscrits uniques ou réputés tels. Il suggère qu'une commission soit constituée, elle comprendrait des bibliothécaires, des douaniers, et des libraires syndiqués. Cependant, l'année suivante l'Assemblée Générale décide qu'il n'y a pas lieu de solliciter un règle- ment d'administration publique à condition que les libraires s'engagent à vendre en priorité à une bibliothèque d'Etat 'les ouvrages d'un intérêt capital'.

Le 28 janvier 1926, le bureau se préoccupe déjà des livres volés et rappelle que le Syndicat a fait imprimer des formulaires à la disposition des membres qui voudraient faire connaître à leurs confrères les ouvrages dérobés. Il publie la liste des membres du Syndicat, toujours soucieux de propagande, il fait savoir que 'c'est un devoir pour tous ceux qui fout commerce de livres d'occasion de faire partie de notre Syndicat.Mais, la grande inquiétude du bureau au milieu de l'année 1926concerne la dévaluation du franc. Il va publier successivement deux tableaux de concordance des prix après avoir examiné toutes les conséquences de la dépréciation du franc face à la Livre Sterling. Il fait appel à la plus grande vigilance de tous nos confrères s'ils ne veulent pas éprouver une perte réelle et racheter plus cher qu'ils ne vendent. Le premier tableau permet de réévaluer les livres cotés sur les anciens catalogues avec une majoration qui va de 50%à 5% en un an. Le second tableau propose une clef pour modifier les prix marques sur les volumes sans avoir à les effacer sans cesse: les 9 premières lettres de l'alphabet représentent les 9 premiers chiffres et la lettre S = O. Ainsi la marque en lettres contrairement à celle en chiffres ne changera pas sur les volumes. Seule son interprétation en francs sera modifiée à partir de chaque nouveau tableau réactualisé par le SLAM. Et, devant la situation économique du pays, le bureau déclare: 'Nous ne pouvons pas croire que notre labeur et notre vaillance qui s'incorporent au labeur et à la vaillance de tout le pays permettent une catastrophe... Nous croyons au relèvement financier de la France... nous devons participer à la contribution volontaire... '. Malgré cela les banquets annuels ont lieu en février 1926 au Club de la Rennaissance Française, ainsi qu'en mai 1927 et en mars 1928. A chaque fois Nourry fait preuve de verve et d'esprit en parlant ‘du bien et du mal que les libraires ont dit des femmes’.Elles ont souvent traité les livres en intrus et en gêneurs mais se sont toujours montrées des compagnes et des collaboratrices dévouées et efficaces. Et il conclut par cette pirouette: ‘en vérité, les libraires, parce qu’ils connaissent les livres savent parler des femmes... (sic)’. Une autre fois il développe le thème suivant: ‘Pourquoi les visages tristes sont-ils si rares, sinon introuvables parmi les libraires qui vendent des livres d'occasion ???’ Les menus de ces banquets sont tantôt dessinés et gravés par Jouas, maître aquafortiste, tantôt par Louis Jou.En 1926 on remarque la présence étrangère des libraires Maggs et Rau. En 1928, Maître Maurice Garçon sera invité à présider la soirée et prononcera une allocution sur les relations particulières des libraires et des bibliophiles.

Au cours de l’Assemblée Générale du 12 mai 1926,les libraires ont trouvé un 'modus vivendi' avec les commissaires priseurs après avoir protesté pour que tous les livres soient garantis et que l'on annonce clairement et sans ambiguïté leur défaut et leur manque. On publie les taxes à la vente: Ventes à la commission. 2,5%; Ventes entre libraires, 2%; ventes à l’intérieur,12%; ventes à l'exportation 12%. Dans les réunions de bureau suivantes, on établit les conditions générales approuvées par le SLAM: conditions de ventes et d’expédition, conditions de paiement, conditions spéciales pour l’étranger.

Certains en viennent à proposer une addition aux statuts pour régler les différends éventuels survenant entre membres: ‘Le Syndicat pourra se former en commission d’arbitrage afin d'arbitrer tous litiges ou contestations survenant entre des membres du Syndicat ou entre des membres du Syndicat et des tiers... Un règlement donnant la constitution et le mode du fonctionnement de la ou des commissions arbitrales sera élaboré par le bureau’.

Dans un autre registre, le Bouquiniste Français du 19 mars 1927 signale la parution d'un répertoire international de la Librairie Ancienne avec la liste analytique des libraires classés par pays et par spécialités. C'est la Librairie Straubing et Muller qui édite cette publication à Weimar sous le titre d'Adressbuch der Antiquare. L'Assemblée Générale du 21 mai 1928 met fin aux fonctions de Nourry dont le rôle essentiel a été de ramener la fameuse taxe de luxe de 12 à 6%, pour les livres d'une valeur de plus de 300 F, et de 6% à 3% pour les autres. On constate enfin que sa propagande active a porté ses fruits puisque le Syndicat est, alors, fort de 315 adhérents.

Maurice Escoffier, président du SLAM de 1928 à 1931


Un nouveau bureau vient d’être élu, sa composition en est la suivante: Escoffier, président; H.Picard, vice-président; Briquet: secrétaire; Quereuil, trésorier; et Bosse, Dauthon, le François, Puzin, Sergent, conseillers.

Professeur à l’école des Sciences politiques, Maurice Escoffier apparaît comme l'un des présidents les plus distingués que nous ayons connu. Il s'est consacré pleinement au service du Livre, non seulement comme libraire et comme président du SLAM, mais aussi et surtout comme bibliographe. Il a rédigé et publié à grands frais sa ‘Bibliographie du Mouvement Romantique’ (Paris, Giraud Badin 1934) qu'il a dédié aux membres du SLAM. Il s'agit d’un ouvrage de référence, devenu classique et faisant autorité. Escoffier est un des premiers à attirer l'attention sur les courants parallèles et en marge du Romantisme. Il devient ainsi le bibliographe en titre de ceux que l'on appellera par la suite ‘Les petits romantiques’ (Cahiers du Sud 1949). En outre, il faut signaler qu'en exergue à son travail, il a tenté une approche de définition de ‘l'Edition Originale’ dans un texte resté célèbre: ... ‘L'Edition est dite originale parce qu'elle remonte à l'origine d'un droit de propriété; elle peut être certifiée conforme au manuscrit ou au texte original de l'oeuvre qui est l'objet du droit et si ce droit a été cédé, il ne peut l'avoir été que par le consentement de son détenteur... L'édition est dite originale parce qu'elle s'oppose à la copie, c'est à dire à la contrefaçon: elle est l'ordre opposé au désordre...’. Ces mises au point vont modifier la façon de voir les choses de la part des bibliographes, mais aussi des libraires. Un regard nouveau est jeté sur tout un pan de la bibliophilie.

Jusqu'à lui, le nombre d'adhérents n'avait cesse de croître et la cotisation d’augmenter. Il va être le premier à demander la radiation des membres qui ne paieraient pas leur cotisation après deux lettres recommandées. Il refuse une liste imposante mais factice de membres qui ne se conformeraient pas à l'esprit syndical. Par la suite, le nombre de libraires affiliés au SLAM s'établira aux alentours de 300 trouvant un équilibre entre les demandes d'admission et les radiations. De même, il diminuera pour la première fois la cotisation pour que l’entrée au Syndicat soit largement ouverte. Il demande à ce que le carnet syndical paraisse tous les ans et qu'il soit sans cesse tenu à jour. Il fait notamment appel à l'esprit syndical de chacun en considérant que le Syndicat est une force collective qui veillera, seule et mieux qu'une autre, à la défense de nos intérêts particuliers.

De 1928 à 1930 le bureau s'est essentiellement attaché à régler trois problèmes. D'abord la taxe de luxe dont il demande la modification en faisant passer le prix du livre taxé de 300 à 1200 F. Malheureusement, la loi du 25 février 1930 vient contrarier ce projet et assujettit tous les livres imprimés au XVème et XVlème siècle, et ce quelqu'en soit le prix (même inférieur à 300 F), à la taxe de luxe de 12% comme pour les éditions d'Art tirées sur papiers spéciaux et dont le tirage ne dépasse pas 300 exemplaires. Le bureau proteste énergiquement contre cette mesure arbitraire. Ensuite, il essaie de trouver une solution au problème des fausses reliures. Il met sur pied une commission d'enquête sur la falsification des reliures et l'apposition postérieure de provenances anciennes et recherchées. Elle sera composée de MM Besombes, Briquet, Le François et Roth.

Enfin, M. Puzin rédige un rapport sur l'application de la loi concernant les Assurances Sociales. Il voit en cette loi une loi humaine d'une importance considérable et demande à ce que chacun s'inscrive immédiatement. Il rappelle qu'elle couvre les risques maladie, invalidité, vieillesse, décès avec participation aux charges de famille et de maternité.

Toujours dans le même registre, M. J. Picard fait une communication sur l'Assurance-Transport en librairie (B.F du 14juin 1930).

Dès le début de son mandat, Escoffier avait émis le projet de création d'un titre de ‘Libraire Honoraire’ dont les conditions étaient celles-ci: retraite des affaires, 20 ans d'exercice minimum, adhésion à un groupement corporatif et mérite du titre. Ce titre serait matérialisé par un diplôme et par une carte permanente d'accès à toutes les assemblées générales et à tous les congrès syndicaux de librairie. Sur le plan mondain, le bureau avait rendu hommage à Philippe Chabaneix, poète-libraire qui venait d'obtenir le prix Moréas, et à E. Rahir premier président du SLAM et dont la dispersion des livres en 1930 avait remporté un succès retentissant. A cette occasion Mme Rahir avait fait don à la bibliothèque Nationale de trois ouvrages précieux: Les Opuscules de Marot, L'Isle sonante de Rabelais et l'Institution Chrétienne de Calvin comportant une dédicace à François Ier.

Le Banquet annuel du 10 mai 1929 est honoré de la présence de Jean Giraudoux qui se présente comme ‘un modeste collectionneur du XVIIème siècle’. Cette année-là le menu sera gravé par René Sauvage. L'année suivante, le 12 juin 1930, le Banquet sera présidé par Tristan Derème, et le menu conçu et dessiné par Dignimont. A cette occasion, Tristan Derème s'interroge sur le livre d'occasion: ‘Qu'est ce que l'occasion ? me défendrez-vous de faire un peu le pédant et de rappeler le verbe cadere et son supin casum et redire que l'occasion, la chance, l'occident et l'échéance sont en quelque manière, sortis du même nid latin...’ Il nous laisse le soin de tirer nous-mêmes la conclusion devant ces quatre termes dont le rapprochement n'est peut-être pas tout à fait fortuit. S'agirait-il des quatre points cardinaux de la Librairie Ancienne; De la part du poète tout est envisageable!

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Henri Picard, président du S L A M de 1931 à 1934

Henri Picard est né à Sens le 26 février 1872 de parents qui exerçaient la modeste profession de 'perruquiers'. Orphelin de père à l'âge de 13 ans, il est contraint de monter dans la Capitale pour gagner sa vie. C'est par goût qu'il s'oriente immédiatement vers la librairie. Il fait ses débuts chez son petit cousin Alphonse Picard, rue Bonaparte. Travailleur acharné, il fait plusieurs années de stage avant de rentrer chez Sirey (Librairie de Droit) puis chez Martin. Là, on le charge d'organiser des ventes publiques qui se tiennent dans les salles des Bons Enfants et Sylvestre. En 1893, il se présente à la librairie Flammarion et Vaillant qui recherchait quelqu'un de compétent, sachant rédiger un catalogue. Il fait l'affaire et on l'engage aussitôt aux Galeries de l'Odéon. C'est à cette époque qu'il fit la connaissance d'Auguste Blaizot qui deviendra son ami. Il rencontre aussi Rahir, Nourry, Besombes, Lemallier, G. Chrétien, Cornuau et Margraff.

En 1902, son protecteur Lucien Gougy fit, à son insu, les démarches pour l'achat du Fonds Martin, 126 rue du Faubourg Saint Honoré (Ancienne Maison Ronner fondée en 1860).

Par dévouement à la cause professionnelle, il accepte le mandat que lui confie l'Assemblée Générale du 20 mai 1931. Il est élu président aux côtés de Puzin (Vice- Président), Deruelle (Secrétaire), Jacquenet (Trésorier) et Bosse, Dauthon, Jammes, Quereuil, Siroux (Commissaires). Tout son mandat sera marqué par la crise économique mondiale qui trappe la France de plein fouet. Dès le premier banquet qu'il préside, et dont le menu avait été illustré par Falké, il déclare: ‘La crise économique a réduit le pouvoir d'achat de notre clientèle. Nous vendons tout autant de livres mais les transactions sont moins élevées... Nous devons nous efforcer de maintenir la clientèle en confiance et aussi de la mériter..’ Malgré la crise, il cherchera à promouvoir le livre avec l'appui d'écrivains tels qu'Emile Henriot et Gérard Bauer. ‘Continuez à aimer le Livre, vous le vendrez mieux’ déclare-t-il à l'Assemblée Générale du 7 Juin 1932.

Au début de l'année 1933, la crise sévit de plus belle, et le SLAM décide la création d'une brochure de propagande reproduisant les articles de presse publiés en 1932. Ils avaient été rédigés en faveur du livre d'occasion sur l'initiative du Syndicat. Il faut noter, d'ailleurs, que le livre ancien garde, à ce moment-là, une très bonne tenue tant dans les ventes publiques que sur les catalogues à prix marqués. On en viendra à créer un Comité d'action Economique et douanière auquel le bureau donnera son adhésion en publiant un manifeste pour la 'démobilisation douanière'.

Cependant, Henri Picard constate que le marché français nous est toujours aussi favorable, mais que les marchés étrangers nous sont pour ainsi dire fermés par suite du manque de devises et de leur dévalorisation (A.G du 16 mai 1933).

Et, à la fin de son mandat, en 1934, tout en faisant son bilan. il notera qu'à travers la crise mondiale, le Livre aura été l'un des éléments de transaction qui se sera le moins déprécié.

Pendant ces trois années de présidence, Henri Picard a cherché, avant tout, à être à la tête du 'Bureau des Syndiqués et non du Syndicat'. Il s'est sans cesse efforcé de se rendre utile en répondant par retour du courrier aux renseignements qui lui étaient demandés. Il a commencé par réviser les conditions de vente, d'expédition et de paiement pour les rendre plus explicites. Puis, lui aussi s'en est pris aux ventes publiques dans lesquelles, il avait pu relever un abus de descriptions fallacieuses. Il a protesté contre la pratique de certains libraires qui, pour justifier leurs prix, n 'hésitaient pas à donner des prix de comparaison avec d'autres libraires. En règle générale, il a surtout cherché à motiver et à défendre le commerce français notamment contre les étrangers établis depuis peu en France (Bureau du 17 avril 1934)·

Dans d'autres circonstances, il a été amené en avril 1932 à prononcer un discours funèbre sur la mort de Noël Charavay ‘le dernier représentant d'une famille de paléographes’. Le mois suivant, le Bouquiniste Français a présenté ses condoléances syndicales en première page à la suite de l'attentat dont avait été victime Paul Doumer, président de la République.

Enfin, il a l'honneur de présider aux remises de la Légion d'Honneur à M.M A. Blaizot et E. Nourry (cf B.f du 17 déc 1932) en présence d'un des plus grands bibliophiles du moment, M. Louis Barthou, alors président du conseil; il sera assassiné deux ans après à Marseille, en même temps que le roi Alexandre Ier de Yougoslavie.

Sa présidence achevée, H. Picard fut nommé Président d'Honneur et jusqu’en 1957 ne manqua que rarement les réunions du bureau. Longtemps doyen de la librairie, il offre l'exemple même d'une vie entièrement consacrée aux livres avec 74 années de librairie dont 57 à son compte.

Georges Puzin, président du SLAM de 1934 à 1937


L’Assemblée Générale du 29 mai 1934 élit le premier président du SLAM à ne pas être un libraire parisien : Georges Puzin, installé à Versailles, rue de la Paroisse depuis 1908. Il est épaulé par MM. Quereuil (Vice-président), Dauthon (Secrétaire), Jacquenet (Trésorier) et Chadenat, Cornuau, Deruelle, Raoust, Leleu, H. Saffroy (Commissaires). Il apparaît d’emblée comme un homme de dialogue en faisant la déclaration suivante: ‘Il faut que nous nous connaissions mieux, que nous puissions échanger nos idées, nos projets, les discuter, voire même les combattre pour arriver à un échange de vues pratiques capable d'assurer la bonne continuité et la raison d'être du SLAM.’

Homme de dialogue, mais surtout homme de contact, Georges Puzin était né le 21 Août 1872 à Paris. Il fit ses études au Petit Séminaire Saint Charles à Paris. Après avoir passé sa licence en droit, il fit un stage de notariat mais refusa de reprendre la charge. En 1907, il s'orienta vers la librairie et devint expert près les Tribunaux, agréé par les douanes. Il s'installe alors Avenue de Wagram, puis à Versailles où en plus de la rue de la Paroisse il ouvre un second magasin, rue Maurepas en 1930. Certains libraires se souviennent encore des réunions dominicales qui avaient lieu chez lui notamment les jours de ventes publiques ou plusieurs libraires du Quartier Latin affluaient à Versailles à l'heure de l'apéritif (!) . Il réunissait ainsi autour de lui ses confrères et amis Bosse, Giraud-Badin, Andrieux, Kra, Margraff, Bonnet etc .. Les autres jours , il accueillait ses nombreux clients et amis parmi lesquels il comptait Tristan Bernard, Willy, Léon Blum, Colette, les frères Tharaud, Anatole France, Paul Bourget, Louis Barthou (dont il rédigera la notice nécrologique), Sacha Guitry etc … etc …

D'un esprit clair et efficace, dès son élection il demande à ce que soient prises les six mesures suivantes: 1) Taxe unique sur le chiffre d’affaires de 1,10 %. 2) Intangibilité des statuts syndicaux. 3) Abrogation de la taxe de séjour. 4) Refus de nouvelles mesures fiscales vexatoires. 5) Propagande à l'étranger. 6) Limitation du nombre des commerçants étrangers en France.

Devant la multiplication des vols de livres, il met en garde ses confrères dans leurs achats à l'amiable en leur demandant de respecter les règlements de police en vigueur. A ce sujet, il rappelle qu'il est interdit d'acheter à des mineurs et que l'on doit payer à domicile bute d'avoir des preuves suffisantes de l'identité des vendeurs. En outre, il réclame la prudence dans les envois et la communication d'ouvrages en proposant la tenue d'un registre de livres confiés.

La France est alors au plus fort de la crise économique, dans la librairie, comme dans les autres secteurs d’activité, les affaires sont mauvaises; il y a peu d'achats et encore moins de ventes. G. Puzin, va s'en prendre à la concurrence déloyale de l'Hôtel des Ventes.

Il cherche à lutter particulièrement contre l'amateur-marchand, en regrettant qu'en ventes publiques, l'amateur paie les mêmes droits que le libraire. Il en conclut que si l'amateur est habile, il peut faire du commerce sans frais. Et, si cette situation s’instaure, le libraire n'aura plus qu'à fermer boutique et à travailler avec ‘un téléphone.un stylo, un bloc, les adresses des gros clients (que l'on finit toujours par connaître), de l'aplomb et du bluff (sic)... ne voyons-nous pas les livres faire plus chers en vente publique que chez le libraire.’ O Tempora, O Mores!!! nous sommes, rappelons-le en 1936.

Toujours dans le même registre, G. Puzin, avait adressé une vive lettre de protestation à M. Handin, Président du Conseil, au sujet de l'acquisition faite par l'état à Londres, de 300 lettres autographes de Napoléon 1er à Marie Louise sans l'intervention d'un libraire. Il demande donc à ce que les achats de livres dans les ventes publiques pour le compte de l'état soient désormais confiés à des libraires français. Suggestion pertinente qui, malheureusement ne connaîtra pas d’aboutissement !

Terminons, pour cette période, par une anecdote à propos des livres classiques d'occasion, suspectés de véhiculer des germes microbiens. Le bureau considère en novembre 1935 que le discrédit a été jeté sur notre commerce à la suite d'une brochure publiée par deux médecins: ‘Non, je ne veux pas mourir en lisant des livres d'occasion.’ Georges Puzin y répondra énergiquement en développant une argumentation amusante et en concluant en ces termes: ‘Que nous réserve l'avenir avec tous les moyens hygiéniques que l'on nous propose ...’

Tout cela ne manque pas de révéler l'état d'égarement et d'inquiétude extrême dans lequel se trouvait alors la France !...

Henri Dauthon, président du SLAM de 1937 à 1945


Rahir, fut le président de la Première Guerre Mondiale, Henri Dauthon fut celui de la seconde; ce qui explique la durée exceptionnelle de leur mandat: 7 ans pour chacun. Pendant cette période difficile, H. Dauthon eut l'occasion d'exercer ses qualités de conciliateur, avec patience, bonne humeur et simplicité.

Il avait débuté en 1919 avec son beau père M. Jorel (un des fondateurs du SLAM.), rue des Beaux-Arts, et lui succéda en 1928 au 3, de la rue Bonaparte. Il y développa la spécialité de la maison: le théâtre; leurs catalogues servent encore de référence. Elu président en 1937, il fut mobilisé dès 1939. A l'époque, la composition du bureau était la suivante: H. Dauthon, président; A. Deruelle, vice-président qui pendant cette première année de guerre fut à la fois président, secrétaire et trésorier.

En 1940, après l'Occupation Allemande, l'état de guerre provoqua la disette dans tous les domaines y compris dans la librairie ancienne. L'ingérence de l'état jusque dans les syndicats conduisit à la publication de la 'Liste OTTO' ou liste des livres interdits comme contraires à l'idéologie nazie. Le SLAM refusa de la cautionner. Acte de résistance naturel comme celui concernant la question des affaires juives. Il s'agissait pour les occupants de chasser les juifs de leurs commerces et de les remplacer par des gérants de leur choix. Le SLAM pour prévenir certains abus, tenta d’obtenir que ces gérants soient désignés par les associations professionnelles. En ce qui nous concernait, MM.Bosse, Deruelle, Jacquenet, Jammes et Privat tentèrent de se charger de cette tâche délicate.

D'autre part, à la suite de la loi du 16 août 1940 instituant l'organisation professionnelle, naquit l'idée d'un comité des antiquités et objets de collection. Pendant ce temps le comité du livre s’installait au Cercle de la Librairie regroupant édition, librairie, imprimerie, etc...Le SLAM fut représenté par une section de travail composée de MM. Michaud (président), Bosse (Vice-président), et Blaizot, Dauthon, Deruelle, Giraud-Badin, Petitot, Raoust. Cette commission s'est essentiellement préoccupée de prévenir les effets contraires aux intérêts corporatifs de la librairie ancienne face à la librairie moderne.

Le SLAM a réclamé également la réglementation (mot alors à la mode) des ventes publiques (lutte contre les ventes ‘montées’) en demandant à ce que soit rendu public le nom des vendeurs. De même, réglementation du titre d'expert pour qu'un statut soit établi et ratifié officiellement. Les conditions requises étant la compétence professionnelle, la notoriété, l'honnêteté et l'exercice reconnu de la profession. Des règles professionnelles ont donc été établies  pour défendre le libraire consciencieux contre des concurrents déloyaux qui présenteraient des livres tarés défectueux ou incomplets; des armes fausses, des autographes douteux, etc…

Au début de la guerre, en septembre 1939, le SI.AM fixa des règles contraignantes pour  toutes créations, extensions  ou transferts de librairies. A seule fin, bien entendu, de défendre les adhérents mobilisés et d'évier qu'ils ne soient supplantés dans leurs affaires en leur absence. Malgré les conditions draconiennes le SLAM reçut 330 demandes et n'en accorda que 25.

C'est aussi sous la présidence d’Henri Dauthon que se réalisa l'acquisition du Bouquiniste Français. Il aura fallu attendre la fin de l'année 1941 pour que la direction composée de M.Bosse  et de ses co-associés (MM. Schemit et Marcel Rivière)propose la vente du journal. Après diverses négociations sur le stock de papier , le matériel et le prix, le SLAM se décida à cette  acquisition le 11 mars 1941. Cependant, elle fut ajournée jusqu'au 2 février 1945 en raison, d'abord de la suppression d'une grande partie de la suppression par les autorités allemandes et puis, à cause du décès de Charles Bosse survenu entre-temps.

C'est donc la succession de C. Bosse qui a vendu Le Bouquiniste Français au Syndicat pour la somme de 43000 F avec tout le matériel et de quoi tirer le journal pendant deux ans à raison de deux numéros par mois sur huit pages. Enfin, sur le plan social, le SLAM àl a requête du 'Secours National' devenu 'Secours Social' a créé une caisse de secours alimentée par les adhérents qui ont cotisé volontiers en grande majorité. Cet élan de solidarité est très révélateur du rôle important que le SLAM a joué auprès de ses membres en difficulté notamment au lendemain de la guerre.

Le président Henri Dauthon apparaît donc pendant ses deux mandats et ce sur les plans humains, sociaux et corporatifs, comme celui qui aura su dans une période particulièrement troublée, se dévouer à la cause du Livre avec une abnégation et une efficacité remarquables.

André Poursin, président du SLAM de 1945 à 1948


Né en 1897 en Auvergne, c'est un peu avant la trentaine qu’André Poursin se prit à rêver de livres alors qu'il était industriel. Débordant d'activités  â la fois sur le plan professionnel et sur le plan de la bibliophilie, il ouvre une première librairie à Pont Audemer. Sans cesse en quête de livres rares il sillonne la région et fréquente assidûment salles de ventes, bibliothèques et bouquinistes. Mais, très vite il vient à Paris et s'installe rue Jacob et de là rue Montmartre, en 1936 , où il réussit â faire de sa librairie une des plus fréquentées de Paris. Mobilisé en septembre 1939, il se signala sur le front comme capitaine et fut décoré de la rosette d'officier (il avait déjà gagné galons et Légion d'Honneur en 1916).

A la fin de la guerre, en 1945, il accepta la présidence du Syndicat de la librairie. Il a été élu à l’Assemblée Générale du 21 Juin 1945, avec C. Privat (Vice-président), F. de Nobele (Secrétaire), Picard(Trésorier) et MM. Cornuau, Froment, Gautier (en qui il a su déceler très vite un arbitre incontesté en cas de dissensions). Lecomte, Marchand (commissaires). Il commence par féliciter H. Dauthon de l'achat du Bouquiniste Français qui met entre nos mains l'un des principaux agents de notre action et le meilleur véhicule de nos informations. Puis, il expose son programme ; il souhaite particulièrement que son action vienne en aide aux jeunes de notre métier. Il insiste sur la nécessité. d'un secrétariat administratif qui serait prêt à chaque instant à se mettre à la disposition de chaque membre. Malheureusement, la cotisation étant trop faible, il faudrait faire accepter une cotisation volontaire pour doubler le budget.

Au cours de cette première année de l'après guerre le bureau en vient à se prononcer sur l'affaire délicate des Biens Israélites qui avaient été spoliés à la requête de l'administrateur provisoire: ‘Les acquéreurs devraient rembourser. Il s'agit là d'une question de responsabilité qu'il est désirable d’assumer dans l'intérêt de tous.’

Le bureau a cherché, en outre, à obtenir l'amélioration et si possible la suppression de la taxe de transaction (18%) qui frappait les livres antérieurs à 1801 et les livres présentant un caractère artistique et imprimés sur papier spécial. Du côté des exportations, nous apprenons qu'il n'y a aucune difficulté pour les livres imprimés depuis 1801; pour les autres, il faut demander une autorisation délivrée par le Ministère de l'Education Nationale à la Direction des Lettres et des Arts. Quant aux demandes d'importations, pour les livres anciens, elles n'ont guère de chance d’aboutir, étant donné la pénurie de devises étrangères. Le bureau est encore à la recherche d'un local syndical de deux pièces en étage ou au rez-de-chaussée, situé rive droite dans le 1er ou 2èmc arrondissement.

En décembre 1945, le Bouquiniste attire l'attention sur une initiative heureuse: La Librairie Sonnier cherche à récupérer les ouvrages incomplets, et à établir et à centraliser un fichier des incomplets disséminés dans les librairies. Au milieu de son mandat le président André Poursin déclare: ‘notre pays connaît une mue accélérée de sa structure économique qui a orienté les efforts de notre Syndicat’. Son travail a porté particulièrement sur les questions fiscales (taxe de luxe, impôt de péréquation, l'établissement de nouveaux forfaits) sur les loyers et les salaires (protection du locataire devant l'effritement de la propriété commerciale: l'établissement des barèmes de salaires) et sur l'organisation de notre profession (institution d'un statut d'expert qui implique la connexion de nombreux organismes).

Le problème des estimations et de leur rémunération a été étudié par M. Poyer qui a mis au point un tableau: ‘...toute demande de prix est en réalité une demande d'estimation... et en conséquence est passible d’honoraires...’ Ce tableau, remis en vigueur il y a peu de temps, reste toujours d'actualité et se trouve affiché dans plusieurs librairies.

Outre la recherche d'un local syndical et la mise sur pieds d'un secrétariat administratif ce bureau est animé par un projet publicitaire. Dans le cas d'une période de stagnation commerciale, il envisagerait la possibilité d'entreprendre des moyens collectifs de publicité. En attendant, il développe le Bouquiniste en ouvrant une chronique 'variétés' à côte des informations fiscales, administratives et syndicales déjà existantes. On y évoquerait les difficultés et les particularités de notre métier, des articles bibliographiques, les échos des ventes publiques et le courrier entre nos correspondants.

Président de l'après-guerre André Poursin assuma sa tâche avec intelligence et volonté à un moment où la France se remettait difficilement sur pieds. Le Syndicat alors, fort de près de 300 membres, s'est attaché. en dehors de ce que nous venons d’évoquer, à rendre à chacun divers menus service essentiels pour l'exercice de notre profession: demandes de pneus ou de bicyclettes, de toiles, de papier d'emballage, de ficelle (cf . Bureau du 16 mars 1946) et l'éclairage des vitrines. Autant de tracasseries qui se prolongeaient parfois jusqu'au bureau des Douanes ou de Change et que le SLAM tentait toujours de résoudre.

André Poursin contribua également à la création du fonds de secours qui ne manqua pas de rendre d'importants services au lendemain de la guerre..Enfin, il participa, avec F. de Nobele et G. Blaizot entre autres à la création de la Ligue Internationale de la Librairie Ancienne à laquelle il ne cessa de s'intéresser.

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Fernand de Nobele, président du SLAM de 1948 à 1951


A la fin de son mandat, A. Poursin cherche un successeur et demande à F.de Nobele si cela l'intéressait dans la mesure où il était secrétaire dans le bureau précédent. N'ayant pas d'activité syndicale spéciale et étant d'origine belge, il fait figure d’homme neuf et pose sa candidature. Qui était-il? Né à Bruxelles le 22 août 1910, après des études secondaires aux Lycées, Montaigne puis Louis le Grand, il fit son apprentissage en librairie chez Margraff, ancienne maison Le Hee. Là, il rencontre Raymond Clavreuil qui était commis et qu'il va remplacer (à son départ pour le service militaire) pendant plus de deux ans jusqu'en 1930.Il va alors travailler avec son père rue Saint Sulpice où ils publient des catalogues varia.

A son retour du service militaire, en 1931, il y travaillera jusqu'en 1939 date à laquelle ils déménageront pour le ]5 rue Bonaparte dans le local occupé par Quereuil qui avait le privilège des ventes publiques en France.

La guerre éclate et de 1940 à 1942, F. de  Nobele est en captivité dans le Palatinat. Il s'évade en février 1942 et se réfugie clans une région du centre de la France où pendant un an il devient cultivateur. Au printemps 1943 il revient à Paris où il lèvera progressivement son rideau par crainte de dénonciations. Il redémarre avec le Bénezit en trois volumes qu'il vient d'acheter en nombre.

A la Libération le Syndicat reprend pieds, il est secrétaire général sous la présidence Poursin et, est élu lui même président en juin 1948 avec Michel Gründ , Raymond Clavreuil, (Conseiller). L'essentiel de son action, comme il se plaît à le rappeler lui même, aura été d'abord de réveiller tout ce petit monde et ensuite de faire lever les barrières des prétentions administratives en discutant avec les pouvoirs publics. Il s'est en particulier occupé des problèmes douaniers en cherchant à protéger le patrimoine au niveau des exportations. Julien Cain avait d'ailleurs reçu une délégation de libraires en leur accordant sa confiance à condition de présenter les pièces uniques à la bibliothèque nationale. Etant entendu que cela ne concernait ni les livres qui figurent au catalogue de la B.N ni ceux qui seront passés en vente publique. Quant aux importations, elles ne sont accordées qu'au compte gouttes pour éviter la sortie de devises du territoire. Quoiqu' il en soit, il est décidé en mars 1950 que tous les livres ayant plus de 50 ans d'âge seront dorénavant exemptés des formalités douanières.

Le bureau du 17 décembre 1949 décide qu 'il sera fait désormais appel à la solidarité des nouveaux adhérents pour alimenter la caisse de Secours. Aujourd'hui, cela fait toujours partie des usages. On décide de l'augmentation de la cotisation qui semble dérisoire (100 F) étant donné le service gratuit du Bouquiniste et qu'aucun droit d'entrée au SLAM n'est réclamé. A peu prés à la même époque, le SLAM organise une vente aux enchères au bénéfice des anciens prisonniers et déportés avec le concours gracieux de Maître Ader. Malheureusement, fau te de générosité cette vente n' a pas remporté un très gros succès.

L'année 1950 est marquée par l'organisation du 4ème congres international de la LILA au cercle de la Librairie (le 1er s'est tenu à Amsterdam en 1947, le 2nd à Copenhague en 1948 et le 3ème à Londres en 1949). Ce congrès, qui s'est conclu par une exposition organisée par M. Guignard à la Bibliothèque Nationale où quarante livres exceptionnels (des incunables aux livres modernes) étaient présentés, a connu une audience considérable. Il a permis peu de temps après la guerre d'élargir le marché hexagonal. Il J suscité de nouveaux contacts avec les libraires étrangers, et de façon générale avec tous les professionnels intéressés par les nouveaux marchés et par les échanges internationaux. Rappelons que la L.I.L.A. (Ligue internationale du Livre Ancien) venait d'être fondée par M. Hertzberger et que le premier président en avait été le suisse William Kundig. Dès le début quinze pays y ont participé dont les Etats-Unis d'Amérique, puis très vite l’Allemagne et le Brésil. Il s'agissait de:faciliter les relations intellectuelles, culturelles et commerciales entre divers pays. M. Fernand de Nobele en a été le président pendant cinq ans (1968 à 1972)  et a contribué à l 'élaboration, puis à la publication des US et COUTUMES destinés à régler les échanges internationaux entre libraires .Le 1er mars 1951,  l'emblème de la LILA est adopté avec la devise 'Amor librorum nos unit'.

Peu de temps après M.de Nobele fait circuler parmi les membres le modèle du label choisi par le Bureau pour le syndicat français. Il s'agit de deux livres 'black and white' accolés et ornés à gauche d’une fleur de Lys et à droite d'un bonnet phrygien; le tout surmonte du sigle SLAM en demi cercle.

La même année, le président, pour défendre à la fois l'esprit syndical et celui de la LILA , fait le point sur les congrès de Londres et de Paris en déclarant: ‘Nous n'avons pas à défendre des intérêts opposés mais des intérêts communs’. D'ailleurs, à la fin de son mandat, le SLAM compte 412 membres dont 44 exerçant à l’étranger.

Outre ses qualités de libraire et de président, n'oublions pas que M.F. de Nobele s’est signalé comme expert et comme éditeur. Il a organisé et assuré l'expertise d'un grand nombre de ventes publiques dont nous ne citerons, pour mémoire, que les trois plus célèbres: la vente Goutket, le mari de Colette, comprenant des Editions originales anciennes et des ouvrages de haute bibliophilie; la vente Jean Davray, avec Castaing et Pierre Bérès (6 et7 déc.1961); Manuscrits et livres précieux du XVe au XXe et la vente P... avec M. Guérin et Mme Vidal-Mégret. Livres d'architecture, décoration et d'ornements, livres de fête (2 et 3 fév. 1961).

En tant qu'éditeur, on lui doit la diffusion d'éditions, reprints ou exclusivités: les publications de la S.H.A.F (Société de l'Histoire de l'art français), le répertoire des livres imprimés en France au XVIème et XVIIème siècles et la réédition du Salverte (Les Ebénistes du XVIIIème), du Baudrier (Bibliographie Lyonnaise) et du Delen (La gravure dans les Pays Bas).

Il s'est assure la réputation du libraire spécialiste en Beaux- Arts avec la publication de catalogues copieux commençant par une table des matières et abordant tous les sujets: Beaux Arts, Arts décoratifs, Objets de collection, tableaux, imprimés, etc … etc…

Georges Blaizot, président du SLAM de 1951 à 1954

Dès sa naissance en 1901, sa vie fut marquée par le milieu de la librairie familiale. Rappelons qu’il était le fils d’Auguste Blaizot, l’un des fondateurs du SLAM. A l’âge de 27 ans, il collabore avec son père dans la librairie du faubourg Saint Honoré. Il lui succédera en 1941 et il fait très vite figure de quelqu’un dont l’existence entière sera tournée vers le Livre. D’abord comme érudit en publiant régulièrement des articles dans le Bulletin de la Librairie (Grandeur et misère de notre profession en 1961 ; Les richesses de la Librairie Française en 1964 etc… et surtout en établissant les catalogues des Reliures de Pierre Legrain et Paul Bonnet. Il a contribué ainsi à assurer leur notoriété. Puis comme libraire, il a dirigé la librairie familiale en publiant des catalogues qui sont restés célèbres et qui sont encore des instruments de travail auxquels on se réfère volontiers. Expert près la cour d’appel et du tribunal de commerce, conseil expert près l’administration des douanes, il s’est chargé de ventes publiques importantes entre 1935, date de la fameuse vente Barthou et 1973 date de la non moins fameuse vente Esmérian.

Passionné de livres illustrés modernes, il a édité lui même un certain nombre d’ouvrages dont l’Annonce faite à Marie, Les Moralités Légendaires, le Poète Rustique, Orénoque…

L’assemblée générale du 3 juillet 1951 l’élit président, ainsi que P. Chrétien (vice-président) ; M. Blancheteau (Secrétaire), H. Picard (trésorier) et MM. Cart, Loliée, Maupetit, Poncelet, Privat, Thiébaud (Commissaires).

La même année, au congrès de Bruxelles, la France a été chargée de former un comité d’honneur international pour la LILA et de mettre au point un code d’usages. De son côté M. Hertzberger publie un dictionnaire international de la librairie qui comprend en plusieurs langues la traduction et la définition des termes essentiels de la bibliophilie pour la compréhension des catalogues. MM. Scheler, Poursin et Blaizot la remanieront en 1953. Ce dictionnaire technique comprendra alors plus de deux cents mots.

Lors d’une réunion du bureau le 22 septembre 1951, on constate que la situation du Bouquiniste est désastreuse et qu’il devient urgent et vital d’élargir le cercle des abonnés et des annonceurs.

L’année suivante le bureau édicte la règle suivante qui est toujours appliquée : toute demande d’admission au SLAM devra être contresignée par les deux parrains du candidat ; ces deux parrains étant choisis parmi les membres du syndicat.

Dans un souci de propagande, le SLAM élabore, en janvier 1952, le projet d’une exposition de livres anciens à la Galerie Royale. Le titre choisi pour cette manifestation qui se tiendra finalement du 11 mars au 15 avril 1952 sera :  ‘La Civilisation du Livre’. Dans l’esprit de Georges Blaizot ce titre renvoyait à la phrase de G. Duhamel : ‘On devrait appeler notre civilisation, la civilisation du Livre.’ Cette exposition, avec 18000 visiteurs, a connu un succès sans précédent et a permis d’établir de nouveaux contacts entre le public et les librairies d’ancien. Elle a surtout permis à chacun de comprendre la valeur culturelle de la Librairie Ancienne.

En février 1953, le bureau fait appel à la solidarité de tous en faveur de la Hollande qui vient d’être victime d’importantes inondations. Toujours dans le registre de la révision des tarifs douaniers, une conférence a lieu entre le président du SLAM et M. Arrighi de Casanova. Elle porte également sur les éventuelles facilités accordées au Salon annuel du Livre et à la vente Rauch qui va se tenir sous peu à Genève. Rappelons que Julien Cain, directeur général des Bibliothèques de France, venait de se prononcer à ce sujet : ‘Je suis toujours favorable à ce que le Livre bénéficie d’un système aussi libéral que possible tant sur le plan des importations que sur celui des exportations.’ Toujours à condition, bine sûr, de ne pas favoriser l’exportation de documents ‘unica’ considérés comme faisant partie du patrimoine français.

Une curiosité à évoquer maintenant, en juin 1953 le bureau élève une protestation contre M. Juhel-Douet, libraire à Blois qui a publié un catalogue de ventes sur offres. Cette pratique qui n’est pas conforme aux usages du Syndicat va entraîner une remise en cause des conditions de ventes avec une augmentation des frais d’emballage et l’établissement de prix de ventes étudiés, calculés donc stables.

Au congrès de Milan, les choses se terminant par des chansons, le président du SLAM a pris l’initiative de susciter la naissance d’une chanson. Son titre ? La Chanson des Libraires. Paroles de Michel Vaucaire, musique de G. Van Parys :

‘Nombreux sont les libraires

venus du monde entier

venus de tout’ la terr’

parler de leur métier

parler de leurs ennuis

De leur difficultés

Mais avec des amis

C’est à moitié gagné…’

Cette chanson comporte trois strophes et un refrain.

En avril 1954 (le bureau travaillait depuis six mois sur ce projet) a lieu à la maison des artistes, rue Berryer à Paris (Fondation Salomon de Rothschild) une importante exposition vente de livres anciens et modernes intitulée ‘Les Richesses de la Librairie Française des origines à nos jours’.

Participent à cette exposition environ 70 libraires membres du SLAM ainsi que quelques éditeurs d’art et les relieurs les plus célèbres de l’époque : Rose Adler, Paul Bonnet, G. Cretté, H. Creuzevault, P.L. Martin, etc.

Parmi les merveilles exposées :

- La Lettre de Christophe Colomb annonçant la découverte de l’Amérique imprimée à la suite de l’ouvrage de Verardus paru à Bâle en 1494 (Premier Americana illustré) (Chamonal).

- Le manuscrit autographe de l’Etranger de Camus relié par P. L. Martin (Viardot)

- Le manuscrit original de l’Homme Américain par A. d’Orbigny qui constitue le principal travail ethnologique qui ait été faite sur l’Amérique du Sud (De Nobele).

- L’édition originale d’Alcools de G. Apollinaire portant des corrections autographes de l’auteur, dédicacée à E. Bourges puis à Eluard par Picasso (Hugues).

- Le Manuel de St Augustin publié chez Simon Vostre vers 1500, seul exemplaire connu de la première traduction française (Leconte).

- La Grande et Vraie pronostication pour l’an 1544. Seul exemplaire connu de cet almanach publié par Rabelais sous l’anagramme Scraphino Calbarsy  (Scheler)

- Le manuscrit de premier jet du Diable au Corps de Radiguet (Gallimard)

- La partition de Faust dans une reliure doublée et mosaïquée de Thouvenin (Blaizot)

- Les mémoires de Commines (1581), exemplaire ayant appartenu au fils de Philippe II d’Espagne dans une somptueuse reliure ‘à la Fanfare’ des Eve.

Un important catalogue illustré, préfacé par Julien Cain décrit les œuvres exposées et présente des notices historiques sur les libraires, éditeurs et relieurs exposants. Il offre à ses lecteurs un texte sur ‘les différentes techniques de la gravure originale et de nombreuses citations concernant le Livre et la Bibliophilie.

En conclusion, reconnaissons que pendant les trois années de son mandat, Georges Blaizot s’est efforcé de défendre les intérêts de la corporation avec fermeté et droiture. Il a participé en outre à la création de la Ligue Internationale de la Librairie Ancienne dont il exerça la fonction de président pendant plusieurs années (1952 à 1954). Enfin, son amour des livres et sa compétence l’ont poussé tout naturellement à diffuser un enseignement spécialisé dans le cadre du Cercle de la Librairie. Libraire, érudit, éditeur, président du SLAM et de la LILA, professeur, la vie de Georges Blaizot fut un sacerdoce pleinement consacré au Livre.

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Pierre Chrétien, président du SLAM de 1954 à 1957


A l’assemblée Générale du 2 juillet 1954, nous nous trouvons en présence d’un président sortant aigri et désabusé. A la suite de l’exposition de la rue Berryer, la direction des relations culturelles a invité les libraires à participer à des expositions outre Atlantique. Georges Blaizot, quelque peu désenchanté avoue : ‘… Nous n’avons pas pensé que votre intérêt était suffisamment manifeste à l’égard de ces expositions et c’est pourquoi, nous ne nous sommes pas acharnés à vaincre ces difficultés qui auraient pu l’être si nous avions eu conscience que tel était votre désir… le prochain bureau suivra donc vos indications sur ce point ; il n’est pas besoin d’ajouter que s’il n’en reçoit point, il vous suivra, c’est à dire qu’il ne fera rien…’

De façon plus positive, il propose la création d’un secrétariat général pour alléger la tâche du président. (Ce sera la réalisation de Pierre Chrétien) ; la nomination de Léon Gautier comme délégué permanent entre les membres du SLAM et le bureau ; et, la prolongation du délai de retour dans les ventes publiques qui passerait de 24 heures à 8 jours (il s’agit de permettre aux libraires de collationner leurs livres). On propose ensuite le renouvellement du bureau ainsi constitué : Pierre Chrétien (président) ; A. Cart (vice-président) ; P. Picart (trésorier) ; M. Blancheteau (secrétaire) et MM. Chamonal, G. Colas, Fauron, Ad. Leconte, Jaladis et Maupetit (conseillers).

Après la présentation de Pierre Chrétien par G. Blaizot : ‘… pendant deux ans … votre activité au sein du bureau n’a pas été particulièrement fébrile, vous étiez distrait, un peu rêveur, l’esprit lointain et soudain, la grâce, je veux dire la foi syndicale est née en vous… quoiqu’il en soit votre activité lors de la dernière exposition a été si grande, si efficace, si énergique qu’elle a permis de résoudre beaucoup de difficultés…’ le bureau est élu à la quasi unanimité.

Pierre Chrétien avait repris la librairie familiale au décès de son père en 1939. Georges Chrétien, gendre de Gustave Lehec (Libraire 37 rue St André des Arts depuis 1878) fonda sa propre librairie Faubourg St Honoré en 1911. Il fut aux côtés d’Edouard Rahir l’un des fondateurs du SLAM et secrétaire général pendant plusieurs années.

Aussitôt élu, P. Chrétien essaie de ranimer l’esprit de ses troupes en notant le développement ‘un peu lent, encore, mais certain de l’esprit syndical dans une profession aussi individualiste que la nôtre.’ Il va malgré tout tenter de faire œuvre utile. Le bureau du 25 décembre 1955 émet le projet d’une émission radiophonique sur la bibliophilie. Grâce aux efforts de M. Beuazemont, le SLAM a obtenu une réponse favorable de M. Porché, directeur de la Radiodiffusion et Télévision françaises qui lui ont accordé une émission tous les quinze jours. Ce seront des causeries entre M. Barbier et un libraire, un écrivain, une vedette, etc… En février 1956, on note que M. Beauzemont s’occupe activement de la ‘Chronique de la Bibliophilie’ qui a effectivement lieu toutes les deux semaines, le mardi à 13h15.

Cette causerie prend place dans le cadre de l’émission ‘La vie des Lettres’ dirigée par M. P. Barbier. Des écrivains célèbres, tels A. Arnoux, M. Genevoix, A. Maurois y apportent leur concours. Cependant cette émission est jugée trop littéraire et, pour la rendre plus bibliophilique, le bureau demande à chacun de ses membres d’apporter des idées sur la façon dont il faut essayer d’agir auprès du grand public. Au début de l’année 1957 ces émissions seront abandonnées ne présentant pas suffisamment d’intérêt pratique pour notre profession. Elles reprendront au mois d’octobre suivant, M. Beauzémont ayant obtenu la possibilité d’une émission personnelle dans laquelle il pourra parler de la librairie d’une façon pertinente et plus utile.

Hormis ce souci de propagande radiophonique, le président P. Chrétien se sera rendu ‘utile’ en s’occupant personnellement d’un certain nombre de problèmes pratiques. La Caisse de Secours, à la suite d’un don important, pourra verser une mensualité à la veuve d’un ancien libraire et une aide substantielle à un collègue âgé se trouvant dans une situation difficile. Le SLAM a pu aussi intervenir efficacement pour obtenir le règlement de mauvais payeurs auprès des libraires étrangers.

Sur le plan international, deux congrès ont été organisés, l’un à New York du 9 au 14 octobre 1955 et l’autre à Londres du 9 au 13 septembre 1956. Pour le congrès américain 48 délégués européens étaient présents, le président G. Blaizot souffrant a été remplacé par M. Stanley Sawyer. Une exposition exceptionnelle d’autographes (Goethe, Dickens, Balzac, Poe, Wilde, etc.) s’est tenue au Grolier Club le 10 octobre. Le surlendemain, a eu lieu à New Haven, la visite de la célèbre bibliothèque de l’université de Yale. L’assemblée générale du 26 mars 1957 mettra fin aux fonctions de Pierre Chrétien. Toujours soucieux de se rendre utile, il rappellera le soin qu’il faut apporter à la rédaction des catalogues en respectant les règles d’usage pour les rendre plus clairs en chassant toute ambiguïté de description. Cette dernière préoccupation souligne, si besoin était, la recherche de précision, de rigueur et d’honnêteté qui a animé le président Pierre Chrétien pendant les trois années de son mandat.

M. Deruelle lui succédera à la présidence du Syndicat de la Librairie Ancienne et Moderne.

 

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