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Assemblée génerale du Président LILA, Seville 2015

Assemblée génerale du Président LILA, Seville 2015

Rapport du Président LILA, Norbert Donhofer


Le dernier rapport du président lu à Paris en avril 2014 était assez bref, car seuls six mois s’étaient écoulés depuis la réunion de Sienne en Septembre 2013. Ce rapport sera plus long, j’en ai bien peur, car 18 mois se sont écoulés entre temps, et ce comité a eu à traiter des dossiers différents, prévisibles pour certains et imprévisibles pour d’autres.

Une des questions les plus importantes qui nous a occupée était la modernisation de la comptabilité de la LILA, et je suis heureux d’annoncer que notre trésorier, Bob Fleck, a non seulement accepté de relever cet énorme défi, mais qu'il a de plus réussi. Avec l'aide de notre Secrétaire et d’un comptable extérieur, il a équilibré avec succès tous nos comptes, à Londres et Copenhague, et a mis en place un système de comptabilité financière en-ligne (QuickBooksOnline). La comptabilité quotidienne de la LILA est maintenant effectuée par la Secrétaire, une responsabilité supplémentaire pour ce poste. Le travail est supervisé par le trésorier et un comptable extérieur. Le trésorier a accès aux services bancaires en ligne avec la HSBC (Londres) et Sydbank (Copenhague) avec la possibilité de transférer des fonds. Il était absolument nécessaire de procéder à cette modernisation car il est probable que les prochains trésoriers changent plus souvent que dans le passé, et ils trouveront désormais un système moderne et facile d’utilisation qui leur permettra d'être immédiatement opérationnels. D’ailleurs, nous faisons face à un premier changement de trésorier. Quand Bob Fleck a été élu, il n'a pas hésité à nous prévenir qu'il ne se voyait pas trésorier à vie. Sa démission, cependant, est intervenue plus tôt que prévu. Il a été élu président de la Société historique de New Castle, dans le Delaware, et il ne pourra pas à la fois travailler pour la Société historique ainsi que pour la LILA, tout en faisant tourner sa librairie. Le Comité a accepté sa démission et je suis heureux d'annoncer qu'il nous a aidé à trouver un nouveau trésorier dans un temps relativement court. Merci, Bob, pour tout le travail que tu as consacré à la LILA, et bienvenue à Rob Shepherd! Rob est également le trésorier de l'ABA, et il travaillera en étroite collaboration avec notre Secrétaire et Vincent Cole, un comptable professionnel basé à Londres. Le Comité estime que cela est une bonne solution puisque notre compte bancaire est également à Londres. Conformément à nos statuts, le Comité a été en mesure de nommer Rob, et en approuvant mon rapport, vous approuverez également sa nomination.

Je suis également heureux d'être en mesure d'annoncer que la situation financière de la LILA est excellente, quoique nos diverses et croissantes activités nécessitent davantage d'investissements que dans le passé, mais je peux vous assurer que ce Comité est extrêmement prudent avec l’argent de la Ligue. Bob Fleck donnera son rapport tout à l’heure.

Assemblée génerale du Président LILA, Seville 2015

Une autre question d’importance qui nous préoccupe en permanence concerne les rumeurs sur les vols et les contrefaçons, ainsi que les conséquences juridiques de ces actes criminels. C’était seulement peu de temps après l’élection de ce comité que les autorités italiennes ont commencé à confisquer des livres soupçonnés d'avoir été volés à la Bibliothèque Girolamini à Naples, bien que les libraires incriminés furent en mesure de prouver clairement quand, où et auprès de qui ils avaient acheté ces livres. La LILA a protesté fortement, et suite à la lettre ouverte aux procureurs italiens je fus invité à Naples où j’ai essayé, avec Fabrizio Govi, président sortant de l’ALAI, et Dott. Francesco Salamone, l'avocat de l'ALAI, de convaincre les autorités italiennes que leur comportement était tout simplement faux. J’ai à nouveau proposé l'expertise de la LILA pour les aider dès que nécessaire, mais il semble clair qu'ils ne demanderont jamais notre l'aide. Cependant, ils semblent avoir compris mes arguments, et il n'y a rien de nouveau à signaler à propos de l'affaire Girolamini. Cependant, il est ennuyeux de constater que Marino Massimo de Caro, l'ancien directeur de cette bibliothèque, bien que condamné à sept ans de prison, a commencé à envoyer des courriels au comité, à moi personnellement, ainsi qu’au comité de l'ALAI, déclarant qu'il était totalement innocent. Nous avons demandé à l'avocat de l'ALAI, Dott. Francesco Salamone, de protester et d’envoyer une lettre aux autorités italiennes, et nous n’avons plus entendu parler de De Caro depuis.

Nous avons été en mesure de rassembler la liste des livres qui avaient été retirés de la vente aux enchères chez Zisska & Schauer à Munich et qui provenaient de la Bibliothèque Girolamini. Cette liste a été envoyé à tous nos membres. Je ne crains pas d'exprimer ma curiosité sur le fait que Zisska & Schauer - fortement impliqués dans ce cas - ne nous ont pas beaucoup aidés. La raison pour laquelle ils ont agi ainsi reste mystérieuse.

Je fus invité à une conférence tenue à la British Library en Juin 2015, sur le thème "Le patrimoine écrit de l'humanité en péril: le vol, la recherche, la vente et la restitution des livres rares, des cartes et des manuscrits". Cette conférence portait principalement sur les vols dans les bibliothèques royales du Danemark et de la Suède, et de leurs conséquences juridiques. Nous reparlerons plus tard de déontologie, et je vous donnerai alors advantage de détails sur cette conférence.

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Arnoud Gerits a participé à une conférence similaire pour la LILA à La Haye en Mars 2015. Lors de sa prise de parole, il a insisté sur le besoin d’une collaboration plus étroite et de communication continue entre les autorités institutionnelles, les autorités civiles et la LILA afin de prévenir la circulation des bien culturels d’origine illicite (des livres dans ce cas de figure) et de leur vente par la profession.

C’est à peu près lors du Congrès de Paris en 2014 qu'un nouveau scandale a éclaté, bien qu'on soupçonnât depuis longtemps qu’ "Aristophil" avait été conçu selon une sorte de schéma de Ponzi. Les autorités françaises ont indiqué qu'il faudra trois à cinq ans pour éclaircir ce gâchis, et il n'y a rien d'étonnant à ce sujet quand il s’agit de milliers d'investisseurs floués, d’un capital de plus d'une centaine de milliers de lettres autographes et de manuscrits, et de 800 millions d'euros. Le propriétaire / directeur d’Aristophil, Gérard Lhéritier, a depuis été mis en examen et des enquêtes sont en cours à l’encontre de certains libraires français. Je crains que cette affaire ne nous occupe pendant de nombreuses années.

Face à toutes ces questions, face aussi au fait que tous ces problèmes ont et vont encore nuire à la réputation de la LILA et à notre profession, la majorité de nos libraires affiliés tentent quotidiennement de convaincre leurs clients que nous sommes ceux en qui ils peuvent avoir confiance. Notre réunion de Comité du printemps passé a été organisée à Milan  à l’occasion de la foire du livre ancien, au lieu de New York comme convenu, afin de soutenir nos collègues italiens et d’organiser une table ronde au sujet des vols. Bien qu'aucun des procureurs italiens que nous ayons invités ne soit venu, nous avons pu accueillir quelques personnalités importantes: Giuseppe Calabi, avocat à Milan, Felix de Marens Oyens, ancien directeur de Christie’s et directeur de la Fondation Breslauer, Gianni Bertolino, seul fonctionnaire italien présent, ainsi que d'autres. Les résultats de cette réunion, ainsi que ceux de la conférence de Londres, pourraient être la base de nombreuses discussions et ateliers.

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Heureusement, je peux signaler d’autres activités beaucoup plus agréables. J’ai été invité à assister en Octobre 2014 à une conférence sur le libraire italien Giuseppe Martini à Lucques, en Toscane. Giuseppe Martini naquit à Lucca, vécut à New York, et se retira à Lugano en Suisse. Il était parmi les premiers libraires italiens, très doué, qui avaient initié la construction de collections de livres italiens aux Etats-Uni. Hélas, je dois dire que selon les normes modernes, il serait aujourd'hui considéré comme un criminel, car aucun des manuscrits inestimables et incunables exportés d’Italie n’avaient obtenu une licence d'exportation ou ne possédaient des détails de provenance. Les temps ont changé!

Notre membre d’Extrême-Orient, l'ABAJ, a célébré son 50e anniversaire en Décembre 2014. Je leur avais envoyé une note de félicitations à cette occasion, mais les festivités ont continué jusqu’en Mars 2015. L'ABAJ avait organisé une célébration plus officielle avec un foire internationale début Mars où je me suis rendu pour leur signifier, lors de l’ouverture, les bons souhaits de la LILA.

Je ne veux pas vous ennuyer avec les détails des nombreuses questions que nous avons traitées, et je vais donc tout simplement les énumérer: les présidents d'honneur ont été ajoutés à la liste de diffusion du Comité; un album photo du Congrès de Paris a été réalisé et distribué; une Lettre d’information imprimée a été publiée et envoyée aux affiliés en Novembre 2014; Le nouveau répertoire a été publié en Janvier 2015; J’ai rencontré des libraires Croates à Zagreb l'an dernier pour discuter de la fondation d'une association croate de la librairie ancienne, mais je ne peux pas signaler des progrès substantiels en la matière; nous maintenons une relation étroite avec la CINOA, et Brigitta Laube continue à assister aux réunions pour nous; Arnoud Gerits assisté à une réunion d'un comité de lobbying de l'UE nouvellement formé. Il a ensuite indiqué qu'il n’était pas vraiment nécessaire d'assister à ces réunions à l'avenir, que leurs préoccupations étaient tout à fait différentes des nôtres, et nous ne voulons pas pour être confondus avec eux comme il pourrait y avoir un risque que notre taux de TVA s’aligne sur le leur ; le projet sur la bibliophilie a été arrêté vu que les textes reçus étaient de niveaux différents. Les articles seront publiés sur le site; J’ai eu quelques entretiens avec Jean-Marc Chatelain, le secrétaire exécutif de l'AIB (Association Internationale de Bibliophilie), et nous avons convenu de travailler plus étroitement et de vérifier les dates de congrès et de réunions pour éviter de les organiser en même temps.

Un des résultats de la conférence de Londres a été la nécessité d’une plus étroite collaboration avec l'IFLA, l'association internationale des bibliothécaires. J’ai pu sentir le changement de comportement parmi les bibliothécaires lors de la conférence, et l'un d’entre eux parmi les plus importants, Denis Bruckmann (Bibliothèque Nationale de France), a exprimé ce changement drastique: "Je suis fatigué de cacher les vols qui ont lieu et se produisent dans nos bibliothèques! Voilà ce que nous avons fait pendant des décennies. Nous n’avons rien à cacher, et nous devons les rendre public! C’est la seule chance de récupérer les objets volés ". Par la suite, j’ai échangé de nombreux courriels avec des bibliothécaires et non des moindres: Denis Bruckmann (BNF), Christian Jensen (British Library), Ivan Boserup (Bibliothèque royale de Copenhague), Jerker Ryden et Greger Bergvall (Bibliothèque royale de Stockholm). J’ai également discuté avec des avocats hautement qualifiés, qui avait également assisté à cette conférence: Norman Palmer (Londres), Keun-Gwan Lee (Séoul), Giuseppe Calabi (Milan), Jutta von Falkenhausen (Berlin), Sibel Özel (Istanbul) et Gert-Jan van den Bergh (Amsterdam); et, bien sûr, avec des personnes de marque du métier: Meg Ford (Christie), Richard Aronowitz-Mercer (Sotheby), Monica Dugot (Christie) et Stephan Loewentheil (Libraire). Après avoir recueilli leurs idées j’ai envoyé une lettre à la présidente de l'IFLA proposant de créer un comité composé respectivement de trois membres de l'IFLA et LILA. Ce comité devrait se réunir au moins une fois par an, et, si nécessaire, plus souvent, pour discuter de problèmes. Cette lettre a été bien reçue, et la réponse est prometteuse, mais malheureusement, la présidente de l'IFLA était sur le point de quitter son poste et ne pouvait pas (ou: ne voulait pas) s’engager. Je vais continuer à œuvrer dans cette voie.

Assemblée génerale du Président LILA, Seville 2015

Une autre conséquence suite à la conférence de Londres concerne les « bases de données de livres volés». La LILA possède une base de données assez réussie - le bibliothécaire de la BNF, Denis Bruckmann, a exprimé ce sentiment à Londres, ce qui n’est pas étonnant vu que notre système l’a aidé en seulement deux jours à récupérer quelques gravures précieuses, mais volées, de la BNF. Il existe aussi "L'Art Loss Register", une base de données gérée par des professionnels, mais qui est payante. Le président de l’ALR, Julian Radcliffe, m'a rencontré à Vienne quelques semaines après la conférence de Londres, et nous avons parlé de la possibilité d'une fusion des deux bases de données. Julian Radcliffe a quant à lui envoyé une proposition au Comité, et notre responsable de la sécurité Gonzalo Pontes et membre du Comité Stuart Bennett ont vérifié attentivement cette proposition. Gonzalo et Stuart vous en expliqueront les avantages et les inconvénients tout à l’heure.

Vous vous souviendrez qu’Udo Gollmann, représentant d’Abebooks, avait fait une présentation lors de la réunion des présidents à Paris. Tom Congalton, Barbara van Benthem, Jim Hinck et moi avaient été en négociation avec Abebooks depuis 2013 au sujet de leur proposition de rendre les libraires de la LILA plus visibles sur leur site. Ils avaient modifié leur proposition initiale à plusieurs reprises, et la présentation de Udo Gollmann faisait sens. Cependant, la discussion qui avait suivi fut très controversée, et le vote ne fut pas unanime. Néanmoins, le comité a suivi le vote des présidents nous encourageant à poursuivre les négociations avec Abebooks. Peu de temps après les premières discussions, les rumeurs autour d’Amazon, propriétaire d’Abebooks et de Zvab, ont commencé, et les articles dans la presse à ce sujet ont duré des mois. Certains présidents ont exprimé leurs préoccupations croissantes au sujet de notre accord avec Abebooks, et en Juillet 2014 le Comité a décidé de reporter sine die nos discussions avec eux. Abebooks a, quant à lui, continué de discuter directement avec plusieurs de nos membres, et l'ABAA a accepté de collaborer plus étroitement avec eux. L'ABA et le VDA sont en négociations, mais le comité de la LILA continue de croire qu’il vaut mieux ne pas reprendre nos discussions directes avec Abebooks.

Le programme de stage continue de fonctionner, et un autre étudiant de l'Université d'Etat de Moscou se rendra aux États-Unis pour travailler durant quelques semaines à la librairie "Between the Covers". L'Association russe m’a informé qu’un autre étudiant est à la recherche d'un stage à l'étranger. Cet étudiant a d'excellentes compétences en langue coréenne et je leur ai donc suggéré de contacter le président de l’ABAK.

Je m’étais demandé pendant un certain temps pourquoi aucun libraire antiquaire ne participait à la « Journée mondiale du livre et du droit d'auteur » organisée par l'UNESCO, et qui est célébrée chaque année dans de nombreux pays le 23 Avril. Lorsque j’ai mentionné ce fait lors du Congrès de Paris, le concept semblait alors bien vague, mais notre member du Comité Sally Burdon et Barbara van Benthem furent ravies de concocter un formidable projet. Dans les mois qui ont suivi, ces deux dames ont créé un concept permettant à des libraires à se joindre à cet événement mondial. Je ne ai pas la moindre idée de combien de courriels ont été échangés, et je suis parfois vraiment étonné par l'énergie déployée par Sally et Barbara, mais ce qui est maintenant clair pour moi est le fait que leur enthousiasme s’est répandu à beaucoup de nos affiliés. La première édition de la Journée mondiale du livre rare a été un succès fabuleux et les 32 foires pop-up dans le monde entier ont attiré des clients ainsi que les médias. Pendant 24 heures des centaines de comptes-rendus ont été envoyés à des journalistes et des journaux, des milliers d'images, de vidéos et d’interviews ont été réalisés, et un blogue d'accompagnement a été très suivi. Les clients pouvaient également soutenir le projet d'alphabétisation en remplissant une bibliothèque vide, et n’ont pas hésité à le faire. Enfin, nous avons réussi à transférer à l'UNESCO les dons récupérés par les 32 exposants pour un montant de près de 10.000 €, un montant qui a été utilisé par l'UNESCO pour acheter des manuels scolaires pour le Sud-Soudan. Les préparatifs de la deuxième édition de la WRBD sont en bonne voie, et nous espérons que le 23 Avril 2016, encore plus de libraires participeront à cette journée.

Enfin, j’ai besoin de vous rappeler que ce qu’est la Ligue aujourd’hui est le résultat des propositions adoptées en Assemblée Générale depuis 1947. Nos réunions continuent de construire sur le passé pour améliorer notre avenir. Mais cela ne veut pas dire que les propositions adoptées il y a cinquante ans sont désormais obsolètes (par exemple la définition de ce qu’est une foire de la LILA).

Je ne veux pas finir mon rapport sans exprimer mes remerciements à tous les membres de mon comité sans qui aucune de ces tâches n’aurait pu être accomplies, ainsi qu’aux présidents de nos associations membres. Nous avons besoin de votre retour et de vos commentaires pour continuer à œuvrer pour le bénéfice de la Ligue.

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Publié depuis le 01 oct. 2015